Dans le peloton actuel, pas mal de coureurs sont passés pro très jeunes, à 19 ans, c'est-à-dire tout juste sortis des rangs juniors. Alors que certains alignent les victoires (je pense notamment à Peter Sagan lors de la saison 2010), d'autres sont beaucoup plus discrets, à l'image de Johan Le Bon.
Personnellement, je répondrai NON à cette question. Bien sûr, il faut éviter de faire trop courir le coureur, mais préférer alterner des cycles d'entraînement, de compétitions et de récupération...
Le fait de faire passer pro un coureur très jeune lui permet d'accumuler beaucoup d'expérience. Il me vient en tête l'exemple de Tony Gallopin, passé pro très jeune. Pendant les premières années de sa carrière pro, il a beaucoup appris, il a découvert le monde pro, si différent de celui des amateurs. Et maintenant, à 22 ans, il commence à récolter les fruits de cette expérience, comme en atteste sa récente victoire sur la Flèche d'Emeraude (manche de Coupe de France). Par rapport à un coureur qui passerait pro à 21-22 ans, Tony a déjà 2 ou 3 saisons dans le milieu. C'est un avantage considérable. Tony le dit lui-même. Il sera moins perdu et les résultats n'en seront que meilleurs. C'est pourquoi je suis optimiste quant à l'avenir de Johan Le Bon. Il est entre de bonnes mains, celles de son père Dominique (vainqueur de 290 courses amateurs et une année chez les pros) et de Hubert. Il y a aussi l'exemple de Thibaut Pinot, passé pro lui aussi à 19 ans. Dès sa première saison il s'est mis en avant sur les courses sélectives (meilleur grimpeur du Tour de Romandie). Très souvent, ces jeunes néo-pros sont bien conseillés et ne sont pas laissés seul dans la nature avec leurs doutes ; avec notamment la FDJ qui dispose d'un excellent staff avec le renommé Fred Grappe. Si ce même coureur de 19 ans "patiente" 3 ans avant de franchir de le Rubicon, le suivi ne sera pas le même, moins pointu généralement. Dans ce cas, les débuts chez les pros seront difficiles. Enfin, le niveau des courses est plus relevé chez les pros que chez les amateurs. Cela permet aux jeunes coureurs de se frotter aux meilleurs mondiaux et ainsi s'aguerrir à leurs côtés. C'est un apprentissage difficile (plus que de rester chez les amateurs) mais forcément payant sur le long terme. Par contre, le coureur doit être solide psychologiquement car au lieu d'accumuler les victoires chez les amateurs, il sera beaucoup plus dur pour lui de jouer la gagne dans le milieu pro et le coureur peut se mettre à douter de ses capacités. C'est l'un des principaux dangers.
En résumé, je suis pour faire passer un jeune coureur chez les pros à 19 ans car cela lui permet d'accumuler de l'expérience : il prend de l'avance sur d'autres coureurs de sa génération qui eux le rejoindront à 21-22 ans. Le jeune coureur dispose d'un encadrement généralement plus professionnel que chez les amateurs. Enfin, il se frotte à l'élite mondiale et c'est cela qui lui permet de progresser (plus rapidement qu'en restant chez les amateurs).
On peut éventuellement se poser une autre question sur le sujet : pourquoi certains jeunes coureurs réussissent (Sagan et Guardini) beaucoup mieux que d'autres leur entrée chez les pros ? Mais là, je n'ai pas de réponse... Sujet épineux.